Mon frère François est né 17 mois après moi. Tous les jeudi après-midi, nous allions jouer dans le grand jardin de l’amiral Courbet chez grand père Berteloot. Des chamailleries aux bétises les plus originales, notre complicité ne sait jamais démentie. C’est lors d’un jeu de pique-couteaux ou ce dernier est venue se planter au sommet de ma tête que notre connivence fut à jamais scellée. (Dans le sang)
A quatorze ans François monte un atelier de mécanique dans le garage de la maison destiné à nos trafiques de mobylettes, très rapidement le lieu devient le garage privilégié des étudiantes du foyer d’à côté. Des mobylettes, François passe rapidement à la voiture, au grand drame du garage de l’avenue Bonne Foix qui, effrayé par la concurrence, porte plainte. Heureusement le jour où les gendarmes ont débarqué François réglait les soupapes de la 2Cv de maman.
Exempté du service militaire papa lui demande de mettre à profit cette année pour faire quelque chose d’util ; alors François part au Club Méditerranéen d’Agadir come moniteur de voile. Bronzé, musclé auréolé de son prestige d’aventurier, les équipières subjuguées prolongent souvent les cours de matelotage… très tard le soir.
De retour en Bretagne notre baroudeur ne rêve que de soleil et de grands espaces alors ni une ni deux, le voilà parti dans le sud algérien à la recherche de pétrole à coup de dynamite. Il rentrera méconnaissable, brulé par le soleil, amaigri au point d’effrayer maman.
Remis de ses émotions et toujours aussi passionné par la mécanique François en oublie mai 68, mais n’oublie pas son frère en m’offrant une superbe Lancia Flavia 1litre8, rouge Ferrari (cadeau d’un des mercenaires du désert). Le bonheur !
Arrivent les belles années du St Ewan ce vieux bateau avec lequel nous avons sillonné les côtes Bretonnes, éprouvé nos connaissances maritimes, fédéré une bonne équipe d’amis. St Erwan était basé au Croisic et au bout de la jetée du Tréhic s’ouvrait l’immensité océane là ou se nichaient tous nos rêves là ou s’offrait pour nous l’ultime liberté, loin des contraintes nous vivions au rythme du vent, des escales et des rencontres.
Les navigations bretonnes ne comblent pas son désir d’aventures alors c’est au Gabon que François va se perdre au fond de la forêt tropicale, l’éloignement la solitude et l’absence de sa préférée auront raison de son enthousiasme. L’Homme est avisé, rentré en France il se marie avec Marine (Marine est la sœur de Laurence), en même temps que Catherine et Sylvain, (Catherine est ma sœur et celle de François) la fête fut réussie et le lendemain nos quatre protagonistes embarquaient pour le Gabon direction Enjôlé, un endroit perdu au milieu de la jungle, en blanc sur les cartes d’état-major.
La solitude est rompue, François reprend sa mécanique et Sylvain va couper des arbres, les filles s’initient aux traditions gabonaises.
Un an plus tard Laurence Sulian et moi nous nous installons à San Pedro, petite ville de pionniers dans le sud-ouest ivoirien ou je prends la direction technique d’un projet de développement de pêche. San Pedro, petit paradis implanté en bordure de mer avec plages et cocotiers à profusion ne manque pas d’impressionner François et Marine qui ont eu l’excellente idée de nous rendre visite. Rentré en France François donne sa démission au Gabon et vient s’établir à San Pédro ou la Société Lalane l’embauche comme chef d’atelier, de leur côté Sylvain et Catherine s’expatrient au Togo.
A san Pedro le clan Berteloot s’agrandit, Laurence donne naissance à Yerri et Marine à Romuald, la vie est belle, les soirées au Triangle des Bermudes quartier chaud du village sont inoubliables, mémorables également nos parties de skis nautique sur le Sassandra sous l’œil avide des caïmans et des barracudas aux mâchoires redoutables. Notre connivence n’a pas de limite ; je me souviens d’un repas de noël très arrosé à la scierie de Djekesso en pleine brousse, où, pour calmer notre entrain, nous avons la merveilleuse idée d’ériger une piscine avec les engins de chantier de l’atelier. Une heure plus tard, sous l’œil goguenard des filles nous barbottons dans un bassin rempli d’une eau rouge de latérite, épaisse et boueuse, un verre de champagne à la main, heureux comme des princes !
Les années quatre-vingts sont celles qui nous ancre aux Crouesty. La création du chantier Flahault Marine rapproche définitivement nos deux familles. Les projets fleurissent ; c’est la création du Mille Sabords, l’acquisition de la société Crouesty Location et notre expansion aux Seychelles avec la société Marine Cat Sey. Les enfants grandissent, partagent les mêmes écoles et les mêmes copains, et nous la même passion, celle du bateau. Papa nous a fait découvrir la Grèce a bord de son bateau l’Arédien. Nous, nous allons la conquérir avec Boavista d’abord puis Daloa grâce auxquels nous avons vécu de grands moments.
Notre dernière grande aventure est d’avoir réalisé le rêve de Jean Dartigue. Cet ami de François atteint de la maladie de Charcot à un stade avancé désir depuis toujours traverser l’atlantique.
C’est sur un catamaran de 52 pieds, entouré d’une équipe médicale : un pneumologue, un masseur kinésithérapeute et un infirmier et toute équipe de bénévoles à terre que nous accomplissons son rêve.
Voilà, notre complicité ne s’est jamais démentie. Nous continuons à naviguer, à rêver, à partager avec bonheur nos fêtes familiales.

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