La pêche

Juin 1972  

Je navigue sur différents chalutiers, c’est avec Jean Lagadec sur le Paty que j’apprends vraiment ce métier, le ramendage, les épissures sur câble, le travail au DECCA pour suivre les traits de chalutage.

Nous chalutons sur la grande vasière, notre zone de pêche formée par le dépôt des alluvions de la Loire et de la Vilaine durant des millions d’années. Ce territoire s’étend de Penmarch’ à l’île d’Yeu tout le long de l’accore du plateau continental. En hiver nous faisons des marées d’une semaine et travaillons sur le poisson jour et nuit.

La vente en criée à lieu le samedi matin vers 4 heures. Tout l’équipage participe au débarquement du poisson, le transporte vers la criée sur de vieux chariots en bois puis l’étale à la vente. Une fois les transactions terminées nous acheminons nos caisses vers les différents mareyeurs. En été nous travaillons sur la langoustine.

A bord du Paty je m’affirme et m’endurcis, j’affronte les coups de vents et les coups de gueule, partage les rires et les bouteilles de blanc. Je m’insère doucement dans cette communauté fermée avec enthousiasme.

Mai 1973

 J’embarque sur le Brise Lames un thonier de l’Ile Dieu, patron Irénée Turbé, pour une campagne aux germons dans le nord-ouest des Açores. Nous appareillons de Port Tudy le 16 mai, à bord le patron Irénée Turbé et son petit frère qui sort de l’école des mousses et sera notre cuistot, Norbert un vieux de la vieille, Bruno le mécano, Yvonnick et moi. La traversée du golfe de Gascogne se fait par beau temps, nous en profitons pour préparer les leurres, gréer les deux tangons de leurs six lignes (première, seconde, troisième, grand plomb, quatrième, petit plomb) Je m’occupe des trois lignes arrière (les bonhommes et la sabaille).

 Nous rejoignons la flottille fin mai après trois jours de route nous contactons les thoniers sur zone pour connaitre la tendance, ce n’est pas fameux, chacun surveille les mouvements de la flottille, les oiseaux, la température de l’eau, les concentrations de krill qui attirent les baleines et le thon.

Les espagnols, basques et bretons sont déjà sur les lieux. La pêche n’a lieu que de jour, alors au lever du soleil les thoniers abaissent leurs immenses tangons de chaque côté du mat comme des ailes, les lignes se mettent en place, soudain la mer se couvre d’immenses papillons multicolores, l’illusion est magique.

Les premières prises apparaissent doucement comme un échauffement et puis c’est la bagarre. Quand le bateau entre dans la matte, toutes les lignes se tendent, nous redoublons d’efforts remontant les lignes autour de nos avant-bras pour éviter les coupures du fil de gutte. Le pont soudain se couvre de thons, l’urgence est de les piquer avec un poinçon juste derrière la tête pour éviter qu’ils se débattent et meurtrissent leur chair. Il faut être attentif aux lignes, aux poissons et aux collègues, le combat prend fin avec la fin du jour, commence le nettoyage, le rangement du pont et la vérification du matériel.

Le soir après la pêche nous restons tranquillement à la cape. Cette armada tous feux éclairés forme une immense ville perdue au milieu de l’atlantique. Tous les mousses embarqués durant la campagne sont autorisés à communiquer par VHF. L’un d’entre eux nous apprend avoir pêché un bébé dauphin dans l’après-midi, le soir la mère est venue cogner contre la coque, le lendemain soir elle était toujours là à frapper des coups sourds, à tourner autour du bateau, le troisième jour au matin le corps de la mère flottait le long du bord, elle s’était suicidée ! L’émotion dans toute la flottille fut perceptible à la VHF.

Cette année-là la pêche fut médiocre, nous débarquons huit tonnes de germons au Sables d’Olonne.

Retour au Croisic j’embarque comme second sur le Croisicais 2, patron Gaby Cossec, deux belles années à chaluter la langoustine et à passer les brevets nécessaires au commandement.

Le Croisicais 2 sous grand pavois à l’occasion de mon mariage avec Laurence

C’est ainsi qu’avec 3 autres croisicais après la vente en criée du samedi matin nous fonçons à St Nazaire suivre les cours de la marine marchande. J’obtiens trois examens qui me permettent de commander au large,

   -Le 150 Cv qui permet de commander les bateaux de moins de trois tonneaux.

-Le capacitaire pour commander à la pêche au large ( Non, normalement Pêche Côtière)

 Mai 1975

 Je prends le commandement du Pen Kalet, un caseyeur ligneur que Philippe Marchand a fait construire à Concarneau. Je pratique la pêche au bars, aux bouquets et à la civelle.