Mars 1981
De retour en Bretagne nous rapatrions à Guérande, notre maison est belle et accueillante. Durant notre expatriation les travaux de rénovation ont totalement transformé l’aspect vieillot de notre demeure. Nous avons enfin une vraie salle de bains.
Je profite du chômage pour passer mon brevet de lieutenant de pêche à Lorient au centre Le Toullec. Je passe 9 mois en mode étudiant. Avec trois pêcheurs de St Nazaire, le Croisic et La Turballe nous louons une maison à Larmor Plage. Je découvre une cité très vivante, jeune, bretonnante, une activité de pêche importante. J’obtiens mon brevet sans problème et réintègre la maison juste à temps pour la naissance de Samuel.
Je ne sais pas trop si je veux reprendre la pêche au Croisic ou partir en Mauritanie comme me le propose la FAO. En attendant je fais quelques marées sur le chalutier de Yannick Bataille, nous chalutons de nuit sur la sole, Sullian et Yerri en pleine croissance profiteront grandement de mes godailles. (De soles) !
Entre temps François est rentré de Côte d’Ivoire et a racheté le chantier Flahault Marine au Crouesty où il s’installe avec Marine et ses deux enfants. Le port du Crouesty est en pleine expansion, la plaisance se démocratise l’avenir s’avère radieux, à sa demande je viens l’aider lors du salon nautique où il se rend. Je découvre une activité qui se développe autour de la mer, du port, des bateaux et un golfe du Morbihan sauvage, beau, mystérieux.

Abandonnant mes rêves de désert et de pêche sur le banc d’Arguin, nous déménageons vers le port du Crouesty, je crée ma propre entreprise d’entretien et de réparation de bateaux, avec un camion, une caréneuse, une caisse à outils. Au bout de trois ans je deviens le plus gros sous-traitant du chantier Flahaut, ce qui pose un problème fiscal pour le comptable et oblige François soit à m’embaucher pour régulariser notre situation, ou à nous associer ce qui sera fait en 1986.
Le port du Crouesty s’agrandit à une vitesse grand V, notre entreprise aussi. Nous construisons une cabine de peinture, au chantier je développe tout le secteur de la peinture, du traitement époxy, nous créons un atelier de menuiserie, François développe la mécanique et la commercialisation des bateaux Gib-Sea, Kirié, et les vedettes AMC.
Je travaille avec trois ouvriers, Jacques un vieux de la marine marchande, François Coze un peintre et un ou deux apprentis en fonction des saisons. François lui est secondé par Claude un mécanicien, Yannick un apprenti et Philippe Samuel un génial touche à touche avec qui François construira notre ARZONNAIS, sur la copie des plates du golfe.


Nous intervenons dans plusieurs domaines : la maintenance, l’entretien, la mécanique et la menuiserie. Je me passionne pour la peinture, la construction d’une cabine me permet de travailler au sec, à température et de réaliser des laques superbes, mon plus beau succès fut de peindre trente-cinq bateaux en une année.
La croissance du chantier est rapide, les affaires sont bonnes et notre réputation reconnue. Nous sommes surnommés « Gabon Nautique » par les autres artisans du port, certainement un peu envieux de notre passé africain. Peu nombreux à l’époque nous nous partageons un marché qui explose, une matière première de 1800 bateaux à nos pieds. Je découvre les grandes messes nautiques avec le salon de Paris, le Grand Pavois et même Hambourg qui rassemble des exposants du monde entier.
Mille Sabords
Dans une négociation pour vendre un bateau neuf il faut souvent reprendre l’ancien. En septembre après le Grand Pavois de la Rochelle notre stock d’occasions est important, la trésorerie s’en ressent, alors l’idée me vient de créer un salon du bateau d’occasion dans le but d’écouler ces reprises avant le salon de Paris. La date du weekend de la Toussaint fera polémique, mais les quelques mauvais coucheurs n’entament pas ma détermination. Avec Michel Breton de la concession Bénéteau, Alain Veillard un traiteur de la zone artisanale, nous bâtissons un événement qui deviendra le plus grand salon européen du bateau d’occasion, Le Mille Sabords.

1986 – Naissance de Laura et construction de la maison
1993 : Crouesty Location
En 1993, nous rachetons Crouesty Location, une agence de location de bateau en dépôt de bilan. Je quitte donc François et le chantier Flahault Marine pour la relancer. Je garde la secrétaire Catherine -une femme efficace qui restera avec nous 15 ans ! – et douze vieux bateaux. Je renouvelle la flotte avec des voiliers Gib-Sea, Jeanneau, et Beneteau et change le logo de la société.
Je vis dehors, je découvre une clientèle différente, j’adore ces relations et les mines réjouies au retour d’un weekend ou d’une semaine. Il y a aussi les angoissés qu’il faut déstresser et les râleurs qu’il faut amadouer. Je m’investis à fond dans le développement de cette nouvelle entreprise, L’activité est florissante j’augmente la flotte d’année en année, en 1999 la darse Nord du port est réaménagée, nous obtenons 30 places et nous en profitons pour racheter les locaux du Crédit Maritime. Ainsi nos bureaux sont juste en face de nos bateaux, à 100 mètres d’Intermarché, proches du parking et des sanitaires. Nous sommes les rois du pétrole ! En 1985 quand je quitte Crouesty Location pour les Seychelles je gère 54 bateaux.
Petit intermède, en 1996, Loïc Lecalvez un client de Crouesty Location, me propose de traverser l’atlantique à bord de son Océanis 42, cette première traversée m’amène aux Canaries, au Cap Vert et en Guadeloupe. L’escale au Cap Vert est une découverte extraordinaire qui me marquera pour toujours. Je me vois sur les traces de Le Toumelin, Moitessier… Je suis le héros des aventures de Sommerset Maugham je me sens chez moi dans ces iles du Soleil. L’année suivante j’y emmènerai Laurence et nos amis Rémi et Claude. Ce sera notre premier voyage ensemble.