Courrier des zoli ziles -Année 2006 


Comment allez-vous ? Froidement je suppose, mais vous êtes sans doute bien calfeutrés au près du feu. Ah …l’odeur du feu de bois !

Comme je vous le racontais dans mon dernier courrier des îles, le mois de décembre a été très pluvieux puis tout s’est calmé à partir du 1er janvier ; actuellement le soleil l’emporte sur les averses tropicales mais quel déluge quand elles frappent !

La rumeur disait les russes casseurs de bateaux, c’est faux leur pérégrination dans les îles fut tranquille et ensoleillée, ils sont rentrés enchantés et veulent à tout prix revenir pour découvrir les Amirantes, joli programme.

Notre nouvelle vie s’organise tranquillement, Laurence et moi travaillons ensemble et c’est un vrai plaisir pour moi de partager aussi pleinement mon temps avec elle, j’ai le sentiment de recommencer ma vie, c’est très exaltant (imaginez à mon age). Le plus formidable est que la vie n’a pas altéré mes sentiments pour elle.

Loin de France, entourés d’une population souriante et tranquille nous oublions le stress hexagonal distillé par les journaux télévisés

Ici rien de tout cela, les trois langues officielles favorisent les débats, même les journaux paraissent en anglais, créole et français, les policiers jouent les ‘Marlon Brandon dans Easy Rider’ sur leurs belles motos customisées, l’opposition a des beaux discours mais pas de programme écrit, par contre ne pas critiquer le pays. Les Seychellois sont très fiers de leur petit paradis.

Notre quotidien s’organise autour de nos bateaux bien sûr. Avec le taux d’humidité la surveillance est constante et nécessaire. Avec les pluies chargées de pollution qui nous arrivent du nord ouest (cherchez l’origine) les ponts des bateaux noircissent rapidement.

Nous suivons aussi de très près les arrivages de biens de consommation sur l’île, par moment il est impossible de trouver certains ingrédients, actuellement c’est le beurre, avant c’était la farine ou alors c’est le matériel de construction, le ciment, le bois les parpaings mais aussi les détendeurs pour le gaz comme je vous l’ai raconté.

Ne parlons pas de l’accastillage et les pièces détachés pour les bateaux.

Cet état de fait n’altère pas notre bonheur d’être ici, bien sur nous n’avons pas de télévision, quel bien-être, nous écoutons RFI sur 103.80 FM. Notre culture africaine s’améliore ; l’actualité de ce continent que nous aimons nous passionne, ou bien Radio Paradise la radio Seychelloise très amateur de musique country.

Mais notre réel plaisir est la lecture, après avoir lu tous les livres stockés à bord des bateaux pour le convoyage nous nous sommes inscrits à l’alliance Française qui possède une bonne bibliothèque. Quel régal de lire, un conseil, coupez la télé.

Nous attendons avec impatience notre conteneur qui nous apportera enfin de la musique. Laurence m’a offert pour Noël une chaîne hifi Denon (superbe cadeau)

Hélas François m’apprend que les dockers sont en grève et que le conteneur aura un mois de retard.

La période de noël a été émouvante pour nous, loin des enfants et de la famille nos coups de téléphone étaient empreints d’une grande émotion, nous sommes reconnaissants à François et Marine d’avoir pris le relais affectif et les enfants furent enchantés de leur noël chez leurs oncle et tante, c’est vrai qu’entre les deux familles c’est une longue et belle histoire qui commença sous le soleil africain. Vive le soleil !

Nous sommes également très reconnaissants à la famille Lalanne de nous avoir ouvert leur porte et leur cœur le 25 décembre, C’est avec cette adorable fratrie que nous avons partagé un repas de fête intégralement préparé par Stéphanie et Doreen : cailles farcies entièrement désossées par leur soin, huîtres, cuissot de porc mariné dans la bière aux petits légumes vapeur, vins, dessert, champagne, j’en ai encore l’eau a la bouche !

Ce mois ci n’ayant malheureusement pas trop de location nous sommes partis Laurence et quelques amis Seychellois naviguer vers Praslin et la Digue. Je me dois de connaître le pays dont je veux faire la promotion.

Quels bons moments ! Je vous fais grâce de l’image de carte postale : soleil, mer bleu, cocktails, petite brise chaude de NW, l’arrivée à la Digue (24 milles) en soirée dans un minuscule port est divine.

L’endroit est bordé de cocotiers, Pas loin de la jetée quelques vieux hangars à coprah, trois bateaux de pêche en bois avec leur coque en forme élancée, mat et bout dehors, voiles ferlées, les enfants qui sautent de la jetée et le soleil qui incendie la mer avant de nous laisser à la douceur du soir.

Le lendemain nous partons à la découverte de l’île en vélo, les voitures étant interdites ici, Alors commence une aventure dans un monde perdu, une société oubliée, une nature à l’état sauvage. Naturellement nous adoptons le rythme tranquille des autochtones.

La douceur de vivre de cette île de l’archipel seychellois nous enchante et le soir les discussions auront pour thème La digue, enfer au paradis ou paradis en enfer ?

Nous sommes rentrés tranquillement au moteur sous un soleil de plomb, l’horizon barré par l’île de Mahé couronnée par ses éternels cumulo-nimbus blancs.    

Tout serait merveilleux si mes relations avec les gérants du Wharf Hôtel & Marina ne se détérioraient pas. Leur façon de taxer la moindre prestation à prix d’or et en devise me dégoûte, mais que faire, il faut reconnaître que l’endroit est superbe et qu’il correspond à la qualité de la prestation que je veux offrir, mais ….

En tout cas le potentiel aux Seychelles est énorme et je sens que ça bouge dans le bon sens.

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Voilà mon courrier des îles de ce mois, est envoyé de notre petit cyber café, endroit sympathique où nous avons maintenant nos habitudes. Cette grande salle est séparée en deux, la partie du fond est réservée aux internautes, nous disposons de 10 ordinateurs pas de première jeunesse mais ils fonctionnent, 4 ordinateurs acceptent les clefs USB, 2 appareils sont équipés de casque pour Skype ou MSN, la partie de devant est dotée d’un bar et de belles tables en bois, nous pouvons commander du thé ou du café et déguster des pâtisseries. Cette institution porte le doux mon de « Double Click »

Ah ! Dernière minute, Maurice Loustaud-Lalanne a été nommé au ministère du tourisme dont il devient le grand patron, Good Karma

Voila quelques nouvelles, la prochaine fois je vous parlerai de ……………. C’est incroyable et fascinant.

Cap’tain Philou le Seselwa


Février 2006  (1)

Ça recommence……… Arrivés sournoisement du noroît, masqués par le grand et verdoyant Morne Seychellois, les cumulus congestus et autres stratocumulus enveloppent notre île d’un voile blanc gris et violet puis sans crier gare, lâchent leurs violentes et chaudes averses tropicales sur Victoria.

Je me croyais débarrassé des pluies. J’oubliais que la saison dure au moins jusqu’à mars. Bien sûr nous avons eu de très belles périodes ensoleillées en janvier mais exigeant comme je le suis j’aimerai que cela dure éternellement.

Janvier est une période morte pour la location, tous les bateaux sont à quai ou au mouillage que ce soit chez Moorings, Sun Sail, Angel Fish, VPMbestsail, il n’y a pas beaucoup de mouvement.

Je commence à me faire connaître des autres loueurs, regardé comme un rival lors de mon installation, VPM m’a appelé deux ou trois fois depuis pour divers problèmes techniques. Quant à Angelfish les rapports s’améliorent depuis que je les ai dépannés en pièces détachées ; et puis bientôt ils auront des nouveaux pontons qu’ils espèrent me louer.

Avec la société Moorings nous nous sommes tout de suite bien entendus. Nous sommes installés au Wharf tous les deux et avons la même notion du travail bien fait. C’est avec Basile et Hubert de chez Moorings que nous avons fait notre première virée à la Digue, depuis nous sommes allés faire de la plongée à St Anne et l’île moyenne avec Keith.

Stéphanie, la chef de base française me fait part gentiment de toutes leurs demandes locales car Moorings n’a pas le droit de louer en direct. De plus son mari Cliven est mon skipper attitré, c’est un seychellois très pro, bon cuistot et joueur de guitare qui plus est.   

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C’est derniers temps je me suis battu avec les pompes d’évacuation des douches et les pompes de cale du Nautitech, le matériel monté de type Rules est trop léger, les corps de pompes se fendillent et cassent. Il faut savoir que l’utilisation des douches ici doit être multipliée par cinq. Notre cuisine est devenue un atelier de stratification.

Aujourd’hui j’ai caréné Ellora en plongée c’est long mais l’eau est chaude et c’est un peu ma manière de faire du sport. La prochaine fois j’attendrai d’être dans les îles car la visibilité n’est pas très bonne à Victoria, certainement à cause des travaux de renflouement réalisés pas loin de la base.

Samedi dernier nous avons reçu deux Arzonnaises, Josiane Le Guil et sa sœur Jeanne venues passer 10 jours aux Seychelles. Nous les avions accueillies à leur arrivée car elles nous amenaient des pièces de rechange pour la flotte.

Nous avons été les chercher à l’avion en provenance de Praslin vers 15 h, bien sûr le vol avait une demi-heure de retard, elles en étaient gênées.  Nous avons d’abord pris un thé à la maison puis sommes allés leur montrer notre future habitation dans les hauteurs de Victoria, il faisait très beau, la vue sur l’océan Indien et les îles étaient superbes.

Après avoir visité le Wharf et mes bateaux nous avons fait une grande promenade sur la plage de Beauvallon au coucher du soleil puis sommes allés dîner au Boat House, grand buffet créole et bonne bouteille de côtes du Rhône.

Les conversations ressuscitèrent les souvenirs de notre vie Arzonnaise et de nos amis communs, Ce fut une bonne soirée.

Elles ont dormi à la maison et le lendemain nous les avons conduites à l’aéroport international, elles rentraient chez elles bronzées et émerveillées de leur séjour dans les îles. Elles n’ont pas eu une goutte de pluie !!

Mercredi…….  J’ai abandonné mon short et mon tee-shirt je me suis habillé class ! Pantalon beige et chemise blanche (ne riez pas) j’avais rendez-vous à l’ambassade de France pour appuyer la candidature de stage de ma fille préférée Laura,

J’étais dans mes petites sandales je ne suis pas très habitué au protocole. J’ai été reçu par Guy Christophe le premier conseiller en l’absence de l’ambassadeur. J’avais superbement bien préparé le dossier, la lettre de motivation, une superbe photo de Laura collée sur son CV, le tout dans une belle pochette de Marine Cat (Sey) Ltd.

J’ai été reçu très simplement, nous avons longuement discuté, heureux de voir un français investir aux Seychelles, la demande de Laura sera prioritaire. Étant résident à Victoria, à la fin du rendez-vous il m’a proposé de nous inscrire sur la liste consulaire. Après la demande que je venais de faire je ne pouvais pas me dérober !

J’ai appris que nous n’étions que trois cent expatriés inscrits, qu’il y avait un anesthésiste français à l’hôpital et que l’ambassade recevait des demandes de Métropolitains cherchant à naviguer aux Seychelles ; c’est certain ils me les renverront !

Chapitre santé

Je ne vous ai pas raconté que je m’étais démis une vertèbre en sautant dans l’annexe. Eh oui (t’es plus tout jeune mon vieux) ! comme dirait Marinette.

Au bout d’une semaine de souffrance et d’anti-inflammatoire, j’en parle à Maurice, à l’époque secrétaire principal au ministère de la santé.

Il me présente immédiatement au médecin chef du service physiothérapie, Patricia.

Sans savoir comment ni pourquoi je me retrouve allongé sur une table de massage, lampe infrarouge au-dessus du dos, d’un coup je me suis souvenu d’une situation similaire en Chine qui s’était terminée par une séance de torture entre les mains d’un chiropracteur Mongol et d’un massage à l’huile de camphre !

Patricia m’ausculte, m’enduit d’huile et me masse longuement, doucement, en vraie professionnelle. Ouf ! à la fin de la séance elle me donne deux rendez-vous.

Un peu gêné je lui demande combien je dois (les soins sont gratuits aux Seychelles), alors au dernier rendez-vous je suis venu avec un gros bouquet de fleurs que j’ai posé discrètement dans son bureau. Vous auriez vu la tête des infirmières du service, j’ai eu le droit à des effusions émues, quelques baisers, Patricia m’a donné sa carte, m’a demandé de la tenir au courant. Bref depuis je suis devenu « The French Gentleman »

Mardi j’ai profité des grandes marées pour mettre au sec le Feeling 44, le plus grand marnage n’étant que de 1.80.m il faut bien calculer son coup. L’endroit calme et plat est une belle langue de sable dur juste à côté du Wharf. Profitant de la marée descendante nous avons avec Laurence brossé la coque et gratté les gravants, la coque était très sale. J’ai l’impression qu’ici les bateaux salissent plus vite que chez nous, la chaleur sans doute, les anodes par contre étaient encore correctes. Une fois la carène propre nous avons appliqué une couche d’antifouling sur 20 cm à la flottaison et voila le Feeling reparti pour trois mois.

Mauvaise nouvelle, notre conteneur n’a pas été embarqué comme prévu, il y avait 30 litres d’acétone et 10 litres de White Spirite dedans, vous me direz que nous ne sommes plus à 10 jours près, mais bon, l’ennui c’est que notre villa est prête que nous n’avons toujours pas d’ordinateur et de musique !!

Vendredi nous attendons Justin et Marie Pierre, j’ai prévu une grande surprise : une croisière aux Amirantes. Cet après midi je vais chercher les autorisations au bureau de Island Développement Compagnie car nous ne pouvons pas débarquer comme cela dans les îles du large !

Voila quelques nouvelles, la prochaine fois je vous parlerai de ……………. c’est incroyable et fascinant.

Cap’tain Philou le Seselwa


Février 2006 (2)

Ça y est, Justin et Marie Pierre son arrivés par le vol Air France de 8h. Il fait très beau, ce voyage est prévu depuis très longtemps, nous sommes enchantés de les recevoir. Malheureusement ce n’est toujours pas dans notre villa, qu’importe, ici la maison est noyée dans les hauteurs luxuriantes de Victoria, la vue sur le port et les îles est imprenable.

Ils sont chargés de cadeaux, de pièces de rechange, et ont l’immense privilège de m’offrir de la part de tous les Posidoniastes de Bériytos (club d’aventuriers très fermé) un « Diplôme de Baroudeur des Mers de Première Classe » réalisé de main de maître par un des membres les plus éminents, mon ami Jean Baptiste Couasnon, lui-même fait « Lamaneur de Première Classe » lors d’une expédition mémorable dans les eaux Grecques à bord du Yacht ‘Boa Vista’.

Ce diplôme est accompagné du récit des « Aventures du Cap’tain Philou, alias Phiphi Brindacier et de sa vaillante armada, ainsi que le récit de ses fidèles amis les nouveaux Posidoniastes de Bériytos qui en marge des aventures, commentent les mouvements du Capitaine par l’entremise de virtuels sémaphores et satellites »

Merci J.B pour ce cadeau original et plein d’humour.

Comme je vous l’ai dit, j’ai préparé une surprise pour nos deux amis, une croisière dans les îles du large. Avant d’appareiller pour les Amirantes je dois finir la préparation d’Ellora pour la prochaine location et surtout nettoyer l’annexe (intérieur et carène) car elle se salit vite au Wharf.

Pendant que Justin me donne un bon coup de main, les filles vont faire leur « bazar » à Victoria (faire le marché).

Nous appareillons samedi en tout début d’après midi pour une course de 120 milles, l’équipage se compose de Marie Pierre, Laurence, Bettina, Justin, Hubert et le cap’tain Philou. L’île de Desroches sera la première île des Amirantes que nous touchons le lendemain.

Contrairement au groupe de Mahé où les îles sont montagneuses et granitiques, le groupe des Amirantes est formé d’îles coralliennes très plates.

L’attente se fait longue puis soudain elle apparaît devant nous. Un vrai mirage, basse sur l’eau, protégée par une barrière de grands rouleaux blancs déferlants à l’accord du plateau corallien, en retrait une longue bande de sable blanc coiffé d’une couronne de cocotiers et de casuarinas verts.

L’approche est féerique, nous sommes tous émus par cette vision irréelle en plein milieu de cet océan bleu, une île presque déserte, écrasée de soleil, une île, une vraie, l’île au trésor, celle de Robinson, celle de nos rêves.

Nous abordons par la passe Victoria plus profonde que la passe Boudoule ou la passe Helen plus exposées au vent.

Trois catas sont là en charter, je retrouve des copains de Victoria, tous travaillent comme skipper, cuistot ou marin, tous partis pour une semaine dans les Amirantes.

 La beauté de cet endroit isolé incite au silence. Nous débarquons à terre pour visiter l’extraordinaire sous-bois de cocotiers, marchant le nez en l’air captivés par les vertes arabesques.

 Le cri des oiseaux de mer étouffé par l’explosion des rouleaux, enveloppe notre promenade d’une complainte surréaliste.

La cocoteraie de Desroches est toujours exploitée, l’île a son petit terrain d’atterrissage, elle accueille un hôtel luxueux, les amoureux de plongée ou de pêche au gros y trouvent leur paradis.

Nous admirons le coucher du soleil sur le lagon et rentrons tranquillement à bord allumer le barbecue pour y griller la pêche du jour. La soirée sera douce et lointaine.

Le lendemain nous serons les derniers à quitter Desroches, route sur l’île de Poivre à 21 milles, elle est accolée à l’île du Sud par un grand platier. Le ciel s’est couvert et une grande houle nous oblige à nous abriter sous le vent de l’île du Sud pour la soirée.

Hubert notre ami Seychellois et sa compagne Autrichienne nous préparent un petit kari-coco bonite à tomber par terre.

Au matin nous remontons sur la passe de Poivre, le beau temps est revenu et l’équipage débarque pour une grande visite. Je reste à bord ne voulant pas laisser le bateau au mouillage sans surveillance car nous sommes ancrés en dehors du récif à environ un mille de la terre ferme. Il y a encore de la houle.

A leur retour je débarque avec Laurence pendant que Justin et Hubert prennent la relève tout en plongeant sur l’accord du récif avec Marie Pierre et Bettina.

La cocoteraie de Poivre n’est plus exploitée, l’intérieur de l’île est une véritable forêt de cocotiers. Trois hommes et une femme font office de gardiens, ils entretiennent les bâtiments, nettoient les chemins et reçoivent les bateaux charters qui profitent de leur escale pour organiser de grands barbecues sur l’île.

Avec Laurence nous traversons cette étouffante cocoteraie en direction du lagon qui nous sépare de l’île du sud. C’est prodigieux, la mer s’est presque entièrement retirée, laissant à fleur d’eau des centaines d’hectares de platier, emprisonnant des dizaines d’animaux marins : tortues, raies, murènes, des myriades de petits poissons dans des trous d’eau et des milliers de coquillages.

Les couleurs sont extraordinaires, l’eau transparente, le sable blanc, au loin toujours présente notre guirlande de cocotiers et ……. nous sommes seuls ! Dans le ciel les circonvolutions aériennes des frégates, des pailles en queue, des sternes fuligineuses contrastent avec le lourd déplacement des hérons cendrés, le sautillement des courlis ou la démarche nerveuse du tournepierre. Ici tout le monde est en chasse durant les six heures de marée basse.

Nous avons le sentiment étrange que cette île à peine émergée est en équilibre à la surface, prête à s’abîmer dans l’océan indien à tout moment.

Nous rejoignons le bateau complètement hallucinés par notre immersion dans ce monde océanique vierge, libre, sauvage, lunaire, imprégnés d’odeurs de sel, d’iode et de varech.

Nous redescendons mouiller à l’abri de l’île du Sud.

5 heures du matin, je mets en route, Hubert et Justin me rejoignent rapidement, cap sur Darros et le fabuleux lagon de St Joseph.

Un petit vent nous pousse tranquillement, Hubert pêche deux bonites, quelques dauphins nous accompagnent un bout de route pendant que les filles dorment comme des bienheureuses.

Darros : perle des Amirantes, petit joyau de verdure posé sur l’eau turquoise de son récif, Madame Betancourt y a élu refuge !

Quand l’ancre se pose sur les fonds coralliens, on écarquille trois fois les yeux, non ce n’est pas un rêve, c’est trop beau, trop sauvage, trop serein, nous sommes trop bien.

Nous n’osons pas briser le charme, moment de grande félicité où je me vois récompensé de mon choix de vie et des efforts pour y parvenir, quel bonheur.

Plus nous remontons vers le nord plus les îles sont sauvages et empreintes d’une grande pureté.

Bien sûr la faune est à la hauteur en beauté et en quantité. Chaque plongée est un feu d’artifice de couleurs, la vie sous marine s’offre à nous dans toute sa richesse.

Dans l’après midi je suis invité à boire un pot sur un cata de 25 m et, surprise, j’apprends que le skipper est un grand ami de Romuald, ils ont passé leur examen de capitaine côtier ensemble en Martinique ! William travaille pour Dream Yacht, actuellement il est en charter sur un Némo avec 3 équipiers et 12 passagers. Ils appareillent dans une heure pour le Banc Africain et comptent rester une semaine dans les Amirantes.

 A environ 0,5 mille dans l’est de l’île de Darros se trouve la passe praticable (uniquement en annexe) du lagon de l’île St Joseph. Justin, Laurence, Hubert et Bettina y décident une visite, Marie Pierre craignant la brûlure du soleil a choisi la plongée sur le récif et moi la lecture sur Maïna (un capitaine ne déserte pas son bateau).

Un gros barracuda solitaire est venu ce matin installer ses quartiers à l’arrière du bateau dans le fil du courant, cette grande bête se charge de tous nos détritus…et de notre pêche.

Son long corps gris métallisé profilé comme une torpille, sa grande gueule de carnassier muni de belles dents tranchantes, ses yeux hallucinés immobiles, ses réflexes de tueur nous impressionnent terriblement quand il s’agit d’aller piquer une tête.

Impossible de pêcher le dîner, il faudra attendre la perte de quelques dorades tranchées en deux par l’animal pour qu’une fois rassasié il me laisse en paix et qu’enfin je remonte à bord 4 mérous rois.

Le lendemain, profitant de la transparence de l’eau, nous carénons le bateau, entourés de tortues, de raies mantas et de quelques bancs de maquereaux.

Après une dernière visite puis une dernière plongée nous appareillerons en direction de Mahé.

Sur notre route quelques surprise nous attendent. La première est une troupe d’orques qui croise sur tribord, un gros mâle en profite pour venir nous montrer sa grande et belle gueule noire et blanche avant de plonger sous le bateau. En fin d’après midi nous traversons un immense banc de thons jaunes et, clou de la croisière, nous apercevons un requin baleine avant notre arrivée à Victoria. Le passage des requins baleines aux Seychelles est un témoignage important pour déterminer le degré de pollution des eaux.

Notre belle aventure se termine à Mahé le cœur ébloui par la découverte de cette nature inviolée. 

Il me faut préparer Ellora qui appareille dans deux jours avec un équipage de dix personnes !!

La réception de ces nouveaux clients est ubuesque, manque de communication ou je ne sais quoi, toujours est-il qu’ils arrivent deux heures avant l’heure prévue et se retrouvent éparpillés dans Victoria à la merci des taxis profitant honteusement de la déroute de l’équipage !!

Le tout rentrera dans l’ordre après deux ou trois coups de téléphone et je mettrai toute ma diplomatie à leur faire oublier rapidement cet incident de parcours.

Nos vacances avec Justin et Marie se prolongent par une virée à la Digue et à Praslin où nous visitons les hauts lieux du tourisme seychellois : Source d’Argent et la Vallée de Mai.  La veille de leur départ ils nous emmènent au restaurant « Chez Sam » et le lendemain ce seront des adieux émouvants à l’aéroport international de Victoria !

Le silence est de mise sur la route qui nous mène à la séparation, chacun retraçant les péripéties des ces 15 jours inoubliables.

La vie va reprendre son rythme d’îliens (pour nous) enrichie de ces moments d’amitié intense partagés loin de tout dans ces merveilleuses îles des Amirantes. Vive le bateau, la mer et le soleil.

Vive les Seychelles.

Voila quelques nouvelles, la prochaine fois je vous parlerai de ……………. C’est incroyable et fascinant.

Cap’tain Philou le Seselwa

 (Baroudeur des Mers de Première Classe)


Mars 2006

Chers amis

Voici le premier Courrier des Iles écrit de chez nous, vous voyez, tout arrive !

Avec cette installation notre aventure prend racine, nous nous sédentarisons en terre Seychelloise.

Notre villa est une petite maison de plein pied construite à flanc de montagne, noyée dans une verdure tropicale étouffante, elle est orientée au nord ce qui nous évite les agressions quotidiennes du soleil.

Tout son intérêt réside dans la grande terrasse à arcades qui nous offre une vue panoramique sur toute la baie de Victoria, le parc marin de Ste Anne, avec en horizon les îles de Praslin et la Digue.

Nous avons deux chambres avec leur salle de bain, un séjour, une cuisine. L’ensemble est très aéré. Le sol est recouvert de grandes dalles de couleur beige, les murs blancs, les baies vitrées et les grandes portes coulissantes assurent une grande clarté dans la maison.

La belle grille en fer forgé à l’entrée et les grandes arcades de la terrasse donnent à l’ensemble un style andalou surprenant dans ce petit coin d’océan Indien. Le jardin en terrasse est planté de manguiers, bananiers, avocatiers, pruniers rouges, de grandes fleurs tropicales, d’orchidées, de vanilliers et de rosiers, j’y ai planté un cocotier.

Comme les bonnes nouvelles n’arrivent pas seules, LE conteneur est arrivé le 31 mars, nous allons, après pas mal de péripéties administratives pouvoir admirer « la chose » tant désirée demain à 13h30 avec le transitaire.

Je vais enfin mettre une couleur, une forme, un volume à cet objet d’obsession emprisonné derrière les grilles du port de Victoria, surveillé comme un chef d’état américain.

Je commençais à m’habituer à cette troisième « personne » fantomatique, floue, sans identité, pendant quatre mois nous parlions DU conteneur, est-il parti ? Où est-il ? A-t-il subi une tempête ? Est-il passé par l’Afrique du Sud ?

 LE conteneur est devenu pour Laurence et moi une personne à part entière, un grand voyageur, nous l’espérons et l’aimons sans même le connaître et voilà soudain qu’il débarque à Mahé.

Nous sommes très intimidés, tous le monde s’intéresse à lui, tout le monde possède sur lui un dossier « épais comme ça », le transitaire, les douaniers, les finances, les transporteurs, pour un peu ça ne nous regarderait pas.

Enfin de la musique, un ordinateur et quelques bonnes bouteilles de champagne cachées par François, vivement demain qu’on aille saluer notre bienfaiteur.

Bonnes nouvelles également les locations redémarrent, et la demande locale progresse, ouf. J’ai très mal vécu les deux derniers mois, le matraquage dans les médias sur l’épidémie de chikungunya (qui n’a vraiment sévi qu’à la Réunion et à Maurice) a effrayé les clients, puis deux investisseurs que nous démarchions depuis quatre mois ont préféré la notoriété de Dream Yacht, imaginez mon moral, j’étais mal.

Sans compter que le comptable m’annonçait une énorme taxe de dédouanement pour le conteneur, un montant invraisemblable.

Je commençais à me poser des questions, le spectre du découragement s’insinuait doucement comme un poison violent ……

Hé bien non ! L’espérance est revenue et la vie est belle, pourvu que ça dure. Actuellement les trois bateaux sont en mer, je me suis fait copain avec « Charley » la fille qui s’occupe de Créole Travel Island et mes collègues me renvoient quelques « Day charter ».

Cette semaine ce furent les départs de location correspondant aux vacances en Europe, quelle ne fut pas ma surprise de voir embarquer sur les bateaux de Mooring deux clients de Crouesty Location ! De leur côté leur étonnement était incontestable, retrouver leur loueur préféré aux Seychelles, quelle aubaine (hélas pour cette année c’est un peu tard pensai-je intérieurement).

Le vent est enfin passé au Sud Est et va augmenter sur la fin du mois de juin début juillet pour mollir en août, nous allons entrer en période de sécheresse. Il parait que le prix du poisson va augmenter, la mer étant un peu mouvementée, les pêcheurs restent à terre plus souvent, on voit qu’ils ne connaissent pas la Bretagne.

Aujourd’hui nous avons fait connaissance avec le monde surprenant des ZPTM (zones portuaires de transit de marchandises), remarqué quelques métiers y affairant et découvert notre gros cadeau de Noël. Presque anonyme parmi des centaines de boites, il patiente au soleil, imperturbable malgré la forte agitation animant la zone de déchargement. Une grosse délégation nous attend : trois douaniers dont un chef douanier, le transitaire, le préposé aux scellés, le chauffeur de Maurice auquel j’ai demandé main forte. Le préposé aux scellés ayant disparu après les salutations nous attendons tous un peu nerveux et puis tout va très vite. Un appel et je comprends que le moment est important, je dois moi-même ouvrir les deux grosses portes métalliques du Conteneur, un ouvrier me donne un coup de main et la caverne d’Ali baba s’ouvre, moment d’intense émotion.

 Comme un gamin je reste hypnotisé par l’arrière du Ford Transit 85 turbo 2800 blanc, et quand j’ouvre les deux battants de la camionnette c’est Noël, une abondance de colis de toutes formes apparaissent au grand jour.

Dégrisé par les douaniers qui me pressent pour sortir le véhicule, je me glisse sur tous ces colis pour accéder au volant. Une fois dehors la fouille peut commencer, elle durera une après-midi et une matinée, le conteneur sera re-scellé pour la nuit.

En trois tours de camion la villa est devenue un grand chantier Ikea et le garage l’annexe de Marine Cat Sey, il va nous falloir jouer de la clef à molette et du tournevis.

La première chose que nous avons faite a été de monter le bureau pour installer l’informatique, ce qui m’amène à réfléchir longuement sur cette nouvelle forme d’aliénation, retrouvera-t-on jamais ce que les Seychellois appellent le « Virgin Land » ?

C’est sûr que sans Internet mon courrier mettrait deux mois par bateau ! « C’est dans l’échange que les relations humaines prennent leur forme la plus noble » écrivaitRyszard Kapuscinski, mais peut-on appeler la communication par mail un échange au sens ou il l’entend, je ne le pense pas, Internet nous rapproche en nous isolant.

Enfin la surprise a été quand tout a été branché : le matériel a-t-il supporté les deux mois passés sur les quais du Havre (froid, humidité et gel) puis les deux mois passés en mer et en plein soleil (encore humidité et chaleur 35° à l’ombre…) ? Surprise, tout fonctionne ! Bravo Laurence pour l’emballage.

Un autre gros travail m’attend, la mise en place d’un désalinisateur sur St Erwan, en ouvrant la caisse je constate que les seules méthodes de montage disponible sont en Italien et en anglais technique.

Le bateau appareille dans quatre jours pour trois semaines dans les Amirantes, vendredi, samedi et dimanche l’île sera morte, vendredi Saint oblige et il me manque trois pièces importantes : un clapet anti retour, deux réducteurs de sortie de filtre, et un plongeur de soute à eau ; erreur d’expédition. Il va falloir faire preuve de réflexion et d’imagination !

De musique point, la mini chaîne Denon est bien là mais en ouvrant la caisse nous avons eu la surprise de découvrir un très bel appareil sans les HP, Laurence croyait avoir acheté l’ensemble complet, je maudis aux gémonies le vendeur. Heureusement l’ordinateur remplace momentanément la chaîne (merci les Justin, merci les Debeauvais) pour les disques que vous nous avez enregistrés, nous pouvons enfin mettre de la musique.

Voila quelques nouvelles, la prochaine fois je vous parlerai de ……………. C’est incroyable et fascinant.

Cap’tain Philou le Seselwa

 (Baroudeur des Mers de Première classe)


Avril 2006

Chers amis

Voici le premier Courrier des Iles écrit de chez nous, vous voyez, tout arrive !

Avec cette installation notre aventure prend racine, nous nous sédentarisons en terre Seychelloise.

Notre villa est une petite maison de plein pied construite à flanc de montagne, noyée dans une verdure tropicale étouffante, elle est orientée au nord ce qui nous évite les agressions quotidiennes du soleil.

Tout son intérêt réside dans la grande terrasse à arcades qui nous offre une vue panoramique sur toute la baie de Victoria, le parc marin de Ste Anne, avec en horizon les îles de Praslin et la Digue.

Nous avons deux chambres avec leur salle de bain, un séjour, une cuisine. L’ensemble est très aéré. Le sol est recouvert de grandes dalles de couleur beige, les murs blancs, les baies vitrées et les grandes portes coulissantes assurent une grande clarté dans la maison.

La belle grille en fer forgé à l’entrée et les grandes arcades de la terrasse donnent à l’ensemble un style andalou surprenant dans ce petit coin d’océan Indien.

Le jardin en terrasse est planté de manguiers, bananiers, avocatiers, pruniers rouges, de grandes fleurs tropicales, d’orchidées, de vanilliers et de rosiers, j’y ai planté un cocotier.

Comme les bonnes nouvelles n’arrivent pas seules, LE conteneur est arrivé le 31 mars, nous allons, après pas mal de péripéties administratives pouvoir admirer « la chose » tant désirée demain à 13h30 avec le transitaire.

Je vais enfin mettre une couleur, une forme, un volume à cet objet d’obsession emprisonné derrière les grilles du port de Victoria, surveillé comme un chef d’état américain.

Je commençais à m’habituer à cette troisième « personne » fantomatique, floue, sans identité, pendant quatre mois nous parlions DU conteneur, est-il parti ? Où est-il ? A-t-il subi une tempête ? Est-il passé par l’Afrique du Sud ?

 LE conteneur est devenu pour Laurence et moi une personne à part entière, un grand voyageur, nous l’espérons et l’aimons sans même le connaître et voilà soudain qu’il débarque à Mahé.

Nous sommes très intimidés, tous le monde s’intéresse à lui, tout le monde possède sur lui un dossier « épais comme ça », le transitaire, les douaniers, les finances, les transporteurs, pour un peu ça ne nous regarderait pas.

Enfin de la musique, un ordinateur et quelques bonnes bouteilles de champagne cachées par François, vivement demain qu’on aille saluer notre bienfaiteur.

Bonnes nouvelles également les locations redémarrent, et la demande locale progresse, ouf. J’ai très mal vécu les deux derniers mois, le matraquage dans les médias sur l’épidémie de chikungunya (qui n’a vraiment sévi qu’à la Réunion et à Maurice) a effrayé les clients, puis deux investisseurs que nous démarchions depuis quatre mois ont préféré la notoriété de Dream Yacht, imaginez mon moral, j’étais mal.

Sans compter que le comptable m’annonçait une énorme taxe de dédouanement pour le conteneur, un montant invraisemblable.

Je commençais à me poser des questions, le spectre du découragement s’insinuait doucement comme un poison violent ……

Hé bien non ! L’espérance est revenue et la vie est belle, pourvu que ça dure. Actuellement les trois bateaux sont en mer, je me suis fait copain avec « Charley » la fille qui s’occupe de Créole Travel Island et mes collègues me renvoient quelques « Day charter ».

Cette semaine ce furent les départs de location correspondant aux vacances en Europe, quelle ne fut pas ma surprise de voir embarquer sur les bateaux de Mooring deux clients de Crouesty Location ! De leur côté leur étonnement était incontestable, retrouver leur loueur préféré aux Seychelles, quelle aubaine (hélas pour cette année c’est un peu tard pensai-je intérieurement).

Le vent est enfin passé au Sud Est et va augmenter sur la fin du mois de juin début juillet pour mollir en août, nous allons entrer en période de sécheresse. Il parait que le prix du poisson va augmenter, la mer étant un peu mouvementée, les pêcheurs restent à terre plus souvent, on voit qu’ils ne connaissent pas la Bretagne.

Aujourd’hui nous avons fait connaissance avec le monde surprenant des ZPTM (zones portuaires de transit de marchandises), remarqué quelques métiers y affairant et découvert notre gros cadeau de Noël.

Presque anonyme parmi des centaines de boites, il patiente au soleil, imperturbable malgré la forte agitation animant la zone de déchargement. Une grosse délégation nous attend : trois douaniers dont un chef douanier, le transitaire, le préposé aux scellés, le chauffeur de Maurice auquel j’ai demandé main forte. Le préposé aux scellés ayant disparu après les salutations nous attendons tous un peu nerveux et puis tout va très vite.

Un appel et je comprends que le moment est important, je dois moi-même ouvrir les deux grosses portes métalliques du Conteneur, un ouvrier me donne un coup de main et la caverne d’Ali baba s’ouvre, moment d’intense émotion.

 Comme un gamin je reste hypnotisé par l’arrière du Ford Transit 85 turbo 2800 blanc, et quand j’ouvre les deux battants de la camionnette c’est Noël, une abondance de colis de toutes formes apparaissent au grand jour.

Dégrisé par les douaniers qui me pressent pour sortir le véhicule, je me glisse sur tous ces colis pour accéder au volant. Une fois dehors la fouille peut commencer, elle durera une après-midi et une matinée, le conteneur sera re-scellé pour la nuit.

En trois tours de camion la villa est devenue un grand chantier Ikea et le garage l’annexe de Marine Cat Sey, il va nous falloir jouer de la clef à molette et du tournevis.

La première chose que nous avons faite a été de monter le bureau pour installer l’informatique, ce qui m’amène à réfléchir longuement sur cette nouvelle forme d’aliénation, retrouvera-t-on jamais ce que les Seychellois appellent le « Virgin Land » ?

C’est sûr que sans Internet mon courrier mettrait deux mois par bateau ! « C’est dans l’échange que les relations humaines prennent leur forme la plus noble » écrivaitRyszard Kapuscinski, mais peut-on appeler la communication par mail un échange au sens ou il l’entend, je ne le pense pas, Internet nous rapproche en nous isolant.

Enfin la surprise a été quand tout a été branché : le matériel a-t-il supporté les deux mois passés sur les quais du Havre (froid, humidité et gel) puis les deux mois passés en mer et en plein soleil (encore humidité et chaleur 35° à l’ombre…) ? Surprise, tout fonctionne ! Bravo Laurence pour l’emballage.

Un autre gros travail m’attend, la mise en place d’un désalinisateur sur St Erwan, en ouvrant la caisse je constate que les seules méthodes de montage disponible sont en Italien et en anglais technique.

Le bateau appareille dans quatre jours pour trois semaines dans les Amirantes, vendredi, samedi et dimanche l’île sera morte, vendredi Saint oblige et il me manque trois pièces importantes : un clapet anti-retour, deux réducteurs de sortie de filtre, et un plongeur de soute à eau ; erreur d’expédition. Il va falloir faire preuve de réflexion et d’imagination !

De musique point, la mini chaîne Denon est bien là mais en ouvrant la caisse nous avons eu la surprise de découvrir un très bel appareil sans les HP, Laurence croyait avoir acheté l’ensemble complet, je maudis aux gémonies le vendeur. Heureusement l’ordinateur remplace momentanément la chaîne (merci les Justin, merci les Debeauvais) pour les disques que vous nous avez enregistrés, nous pouvons enfin mettre de la musique.

Voila quelques nouvelles, la prochaine fois je vous parlerai de ……………. C’est incroyable et fascinant.

Cap’tain Philou le Seselwa

(Baroudeur des Mers de Première classe)


Mai 2006

Dimanche 10h45, depuis une demi-heure nous cherchons Hervé et son clan.

Nous passons de barbecue en barbecue, d’un groupe à un autre le long de la superbe plage de baie Lazare, sans succès.

Vous l’avez compris, nous sommes invités à un barbecue, grande tradition dominicale qui jette une bonne partie de la population Seychellois sur les plages et dans les îlots proches : Cerf, Ste Anne, île Ronde, mais Hervé se fait attendre !

Nous nous sommes rencontrés à bord du Marie Belle il y a quelques temps. Hervé est un paysagiste, il m’a téléphoné jeudi dernier pour nous inviter, j’ai accepté avec enthousiasme, content de m’intégrer un peu plus dans la société Seychelloise et heureux de participer à ce grand rituel. Un peu dans l’expectative tout de même, ne sachant pas qu’elle tournure prendrait la journée, l’alcool accompagnant la fête sans discontinuer.

Soudain à l’autre bout du chemin un camion bringuebalant, la benne chargée de la fratrie, fait son apparition dans la verdure luxuriante de ce bord de mer. Il y a aussi amarré tant bien que mal, des tables, un générateur, une chaîne hi-fi, des parasols, des cageots de bières, des glacières et un immense barbecue…

A l’avant Hervé me fait des grands signes, désolé d’être en retard. Après avoir choisi l’emplacement du « campement » tout le monde saute du camion, les présentations sont faites avec profusion de rires et d’embrassades, le déchargement peut commencer.

Une grande table est installée rapidement à l’ombre des parasols, le groupe électrogène est mis en route un peu plus loin et la hi-fi déverse déjà sa musique créole faisant ainsi écho aux autres pique-niqueurs dans une cacophonie aux décibels élevés

La table va se charger de plats appétissants préparés la veille par la maman de Jacqueline ‘amie d’Hervé : poisson, curry de calamar, diverses salades, riz, nouilles chinoises pendant que deux garçons s’affairent autour du barbecue.

Bien sur les préposés aux bouteilles font sauter les capsules de bières à tour de bras !  Quel surprise, tout le monde ici connaît notre existence, ce qui facilite le rapprochement. Laurence par-ci, Philippe par-là, nous sommes questionnés sur tous les sujets et à profusion sur notre manière d’appréhender leur pays, les Seychellois sont très chauvins. Rassurés par notre amour des Îles, les libations peuvent continuer.

Tout en grappillant dans les plats nous faisons la connaissance de la famille et des amis d’Hervé, Nigel Henri un peintre célèbre, deux patrons de pêche passionnants, le premier s’est spécialisé dans la pêche aux crabes girafes, crustacé très prisé aux Seychelles et à l’exportation, quant au second il pratique la longue ligne avec un équipage de quatre marins, quelques dizaines de kilomètres de lignes et des marées d’une semaine au large.

Je rêve déjà de reprendre mon vieux métier, armer un bateau de pêche dans l’océan Indien, quelle aventure !

Le soleil, la mer, et cette fête nous réjouissent, merci François, les bouteilles de muscadet que tu m’as envoyées furent très appréciées, c’était une occasion rêvée pour les partager,

J’ai beau annoncer que je travaille ce soir et que je ne veux pas trop boire, j’accepte (gentiment contraint) de sacrifier à la tradition du verre de tequila à la fin du BBQ, une pincée de sel dans le creux du pouce et de l’index, un petit verre de tequila et un morceau de citron vert, vous absorbez le tout dans l’ordre !! et on passe au suivant…

L’après-midi se passe dans la douce euphorie de cette belle réunion Seychelloise. Un bon bain nous remet d’aplomb, nous quittons avec regret nos nouveaux amis pour finir de préparer St Erwan qui appareille demain pour un mois. Je dois être à l’aéroport demain matin à 7 heures, le réveil sera dur.

Le réveil fut dur mais j’étais à l’heure à mon rendez-vous, équipage toulousain, préretraités  et retraités sympas, quel plaisir de voir leur étonnement devant la préparation du bateau. Pour leur accueil Laurence avait superbement fait les choses, grande coupe de fruits exotiques agrémentée de fleurs, chaque lit décoré d’une petite branche de palmier servant de reposoir à une fleur de frangipanier, dans un coin du carré un bouquet de frangipanier mis en valeur par la couleur du bois vernis, cool quoi.

C’est évident nous ne pourrions pas faire la même chose au Crouesty. Entre le retour du bateau et son départ nous avons travaillé trois jours d’affilée, entre les contrôles du gréement et de la carène, des voiles, de la mécanique (changement des filtres à gasoil, ils partent pour un mois), les pleins, et bien sur le nettoyage complet de l’intérieur, les cabines, les placards, les coffres, les fonds, la vaisselle, les lits et la déco, le nettoyage du pont des tecks et de la coque, nous sommes à plein temps occupés mais ce sont les Seychelles et l’enjeu est énorme. Le résultat est à la hauteur, les clients sont ravis.

Hier je me suis fait un P.B.R (petit break rentable). A la demande de l’agence de publicité du nouvel hôtel de l’Île de Silhouette, je suis allé avec Maïna, quatre top-modèles, trois photographes, faire des photos le long de la côte et dans les criques de l’île. Journée amusante et lucrative.

Les vents de S.E s’établissent doucement, nous avons des journées avec 9/10 Nds d’autres avec 15 Nds le vent tombe généralement le soir, il fait très chaud.

J’ai commencé mon potager dans le bas du jardin et planté quelques pieds de concombres, piments, haricots et melons rouges, j’achète les plants au marché de Victoria le samedi.

Pour samedi prochain j’ai commandé des pieds de tomates et si tout va bien je planterai des salades.

Je suis en bute contre Sar Ko le chien errant qui squatte le jardin, il adore la terre fraîchement retournée et passe inévitablement ses nuits sur mes plantations !

Tous les mêmes ces va-nu-pieds……….

En tout cas tout pousse à une rapidité incroyable c’est un réel plaisir. Le jardin commence à avoir une certaine allure, j’ai découvert et remis en état les escaliers de pierre qui étaient enfouis depuis belle lurette, les terrasses nettoyées et tondues et les massifs de fleurs mis en évidence, ça commence à avoir une superbe gueule. Quand je travaille dans cet immense jardin tropical je pense à Fanny Stevenson et son épopée dans l’île de Samoa.

Nous suivons de loin l’installation de Yerri et sa petite famille dans la maison du Graniol, nous sommes ravis de la savoir occupée et heureux qu’elle puisse service de lieu de rassemblement aux enfants, Fallait-il que nous partions pour que vous reveniez tous dans le Morbihan ?

Nous attendons avec impatience l’arrivée de Laura, un peu de jeunesse à l’ambassade de France fera du bien.

Vive le bateau, la mer et le soleil.  Vive les Seychelles.

Voilà quelques nouvelles, la prochaine fois je vous parlerai de ……………. C’est incroyable et fascinant.

Cap’tain Philou le Seselwa

 (Baroudeur des Mers de Première Classe)


Juillet 2006

Bonzour,

Par où commencer ? Je rentre tout juste de mon petit séjour en France et tellement de choses me trottent dans la tête. Ma première pensée est de remercier tous ceux qui m’ont reçu si gentiment. Ces quinze jours en Bretagne furent bien sur trop courts mais la gentillesse de mes enfants, la présence de mes proches et la cordiale affection de mes amis ont fait de ces deux semaines une fête.

Je suis rentré serein ayant la satisfaction et le bonheur d’avoir retrouvé mes enfants en pleine forme, unis par une bonne et chaleureuse entente, heureux que la maison du Graniol (superbement entretenue) soit pour nous tous, le bastion familial.

Les Seychelles m’ont accueilli sous un soleil resplendissant. Bien sur les filles n’étaient pas à l’arrivée, imaginez ma tête et mon humeur !! Le plaisir de retrouver mon « zoli peti pay » a pris rapidement le pas sur une éventuelle bouderie.

L’île est en effervescence, la fête de l’indépendance a laissé des traces colorées et une atmosphère joyeuse. Des chars aux couleurs vives, aux formes burlesques et naïves trônent dans les jardins, un éléphant parade encore au rondpoint d’Indépendance road sous des banderoles multicolores fasceyant au vent de SE.  

La préparation de l’élection présidentielle monopolise toute la population Seychelloise dans une grande excitation, accaparant la moitié de l’île en collage d’affiches, pose de pancartes sur les cocotiers, meeting tonitruant, le retour des militants chargés dans les bennes de camions, égaye nos routes de montagne de leurs chansons victorieuses, quelques fois salaces, et pour couronner le tout, la finale de la coupe du monde de football stimule cette exubérance : l’ambiance est à la fête.

Quel changement ! Entre Victoria, sa joie de vivre bonne enfant et la ville de Vannes (Bretagne/France), quadrillée par des centaines de CRS, carrément en état de guerre à cause d’un malheureux Technival !

Revenons à la période qui précéda mon départ vers la France, nous avons accueilli à Victoria l’Aviso « Commandant Bouan » qui participe actuellement à l’opération onusienne de lutte contre la piraterie dans l’océan Indien en double avec les américains.

Réception fut donnée à bord par l’ambassadeur de France, soirée très ‘français expatriés’ sur le pont du bâtiment de guerre, la marine nationale en uniforme nous reçut avec panache.

Ce fut l’occasion de rencontrer la petite communauté française, en majorité des coopérants dans l’enseignement, l’administration et l’aide internationale, peu d’entrepreneurs privés.

Au cours de la soirée nous avons fait la connaissance du commandant Dominique Caillé et quelques officiers.

Leur ayant proposé une sortie en mer sur un de mes catamarans, nous nous sommes retrouvés deux jours plus tard (4 officiers dont 3 avec leur femme venue les rejoindre pour l’escale) à pique-niquer dans la fabuleuse anse Mayor, soleil, bains, champagne et bon vin offert par le commandant, la journée fut un succès. En remerciement nous fûmes invités à dîner Laurence, Laura et moi au restaurant le Corsaire (5*). Dominique avec finesse fit bien les choses, un bel officier célibataire fut placé à côté de Laura. La soirée fut une réussite, nous sommes toujours en relation, vive la marine Française.

Voici quatre jours que je suis rentré, vraiment heureux de retrouver mon île, son climat et sa population si agréable. Mes bateaux n’ont pas souffert, ayant bien fait les choses, les carènes se sont quand même salies avec une rapidité incroyable. J’ai réussi à remettre en route le désalinisateur du St Erwan, c’était un faux contact sur le circuit d’alimentation de la pompe primaire. ‘Good Karma’.

Nous avons décidé avec François de ramener ce bateau en France, j’avoue que cela me brise un peu le coeur, passionné par les bateaux depuis toujours, je ressens un véritable amour pour tous les voiliers dont je m’occupe, comparable à l’affection d’une mère pour ses enfants. St Erwan est un très beau voilier qui a souffert durant son convoyage et que j’ai soigné avec une extrême attention, l’éloignement nous a rapproché, notre complicité est sans égale.

Mais la réalité est qu’aux Seychelles nous louons beaucoup mieux les catamarans et ce grand monocoque sera beaucoup plus apprécié en Bretagne.

En prévision du convoyage de retour j’ai contacté ce matin grâce à Skype (Internet) Dominique sur son aviso, lui demandant la situation aux abords de Socotra et du Golf d’Aden.

La communication vocale était un peu difficile mais par écrit il m’a donné ses positions et ses dates d’escale à Djibouti, Aden et Suez. Il m’a également rassuré en précisant qu’actuellement l’activité était nulle et début août la frégate Surcouf prendra la relève en prévision d’une reprise des hostilités dans le nord de l’océan Indien et la corne de l’Afrique.

En ce mois de juin nous découvrons une tradition propre à ces îles de rêve. Les Seychellois ont l’autorisation pendant deux semaines de récolter les œufs de sternes fuligineuses sur les îles du large. Cette moisson très encadrée, suscite une véritable frénésie, tous nos amis se font un honneur de nous en apporter en cadeau. Nous sommes flattés et surpris d’apprécier un met de choix enveloppé dans une superbe coquille tachetée de couleurs verte, brune, ocre, jaune, et blanche. Ces œufs un peu plus petits que ceux d’une poule sont un véritable régal.

Quant à mes femmes elles n’ont pas l’air d’avoir souffert de mon éloignement. De connivence depuis toujours elles partagent leurs secrets petits ou grands et mon absence n’a pu que renforcer cet amour filial. Un peu jaloux quand même de cette belle entente je me suis chargé de cadeaux à leur intention, moi qui aime voyager léger, j’espère avoir grimpé quelques marches dans l’échelle de la reconnaissance !

Viv le bato a vwal, lan mer e soley.  Viv Sesels.

Voila quelques nouvelles, la prochaine fois je vous parlerai de ……………. C’est incroyable et fascinant.

Cap’tain Philou le Seselwa

 (Baroudeur des Mers de Première Classe)

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