Courrier des zoli ziles- année 2005, L’arrivée aux Seychelles


21 décembre

Chers amis,

Arrivé le 24 novembre aux Seychelles, il a fallu se mettre tout de suite dans la peau du chef d’entreprise « à l’étranger ».

Hoouuaaaah !! Après 1 mois ½ de navigation, l’esprit déconnecté de toute contrainte, vivant au rythme des escales, du vent, des pirates ou du manque de gasoil, l’atterrissage fut très très dur.

Je n’ai pas eu le temps de partager et de fêter notre arrivée avec les équipages, de sentir les choses, l’environnement, d’apprendre les gens. On me volait mon rêve, même ici le monde de l’argent imposait sa loi.

Mon conseiller fiscal, Eddy Mancienne, m’attendait sur le quai le jour de mon arrivée et n’eut de cesse de me traîner dans tous les ministères pour parachever la Sté Marine Cat Sey. L’émigration, Seychelles Licensing Authority, Government of Seychelles Company Registry, la santé, le service des cartes d’identités, et pour clore la journée, réception de ma voiture de location.

Je devais avoir une tête de martien car quelques jours plus tard m’étant a peu près remis de cette retombée dans le monde des affaires « exotiques », il me dit avec un petit sourire ironique, « Ha ! Philippe tu commences à ressembler à un vrai Secelwa ! »

C’est sûr, enlever ses vêtements, se laisser caresser par le soleil, bercé par la naïve sonorité de la belle langue créole, et plonger dans l’océan Indien quand bon vous semble et le moral revient vite. Maintenant le rythme est pris, j’ai vécu une semaine dans mon bateau le temps pour Maurice Lalanne de me trouver une grande et belle maison dans les hauteurs de Victoria, car la mienne n’est pas terminée. Je me devais de recevoir Laurence avec toute la déférence qui lui est due.

Ma principale activité à consisté depuis mon arrivée à remettre en état les bateaux avec dans la toile 6500 milles, pour les préparer à la visite des autorités en vue d’obtenir mes licences. Ensuite préparation du Nautitech 40 Ellora car c’était le premier bateau loué, vous ne pouvez pas imaginer ce que représente ce travail dans un pays où tout manque !

Heureusement mes deux visites aux Seychelles m’avaient permis de prévoir le minimum en attendant un conteneur rempli de pièces détachées, d’un véhicule et de nos meubles pour la maison.

Là je râle contre les chantiers qui ont conçu, construit et accastillé les bateaux, je râle contre les fabricants d’inox ou ceux qui ont cousu les voiles, bref !

Je vous fais grâce de la liste des problèmes à résoudre. Notre voyage est un vrai banc d’essai pour les constructeurs, mais d’expérience je sais qu’ils n’en tiennent pas compte. Rendement / production /coût / rentabilité oblige, dommage !!

Une petite anecdote quand même, il a fallu changer les bouteilles de gaz car ici ils ont leur propre type de bouteille avec des détendeurs différents des nôtres sauf qu’il n’y a plus de détendeur dans toute l’île de Mahé. Heureusement que j’ai quelques amis dans l’archipel, et la veille du 1er départ, Laurence et moi attendions l’arrivée du Cat-Coco, c’est le bateau rapide qui dessert l’île de Praslin.

Mon ami Fred de l’île de La Digue avait fait parvenir au port de Praslin par la Goélette Curieuse, le précieux détendeur qui fut confié au cap’tain Josse commandant du fameux Cat-Coco. C’est un petit aperçu du genre de problème à régler pour être crédible auprès de ma future clientèle !!!

Il n’y a pas que des mauvais moments qui me font quand même bien rire une fois résolus. Le W.E nous allons farnienter sur les plages désertes et magnifiques de Mahé, ou marcher dans l’extraordinaire Morne Seychellois (930mètres) et nous perdre dans la forêt équatoriale luxuriante,  Samedi dernier, sur la plage déserte de Anse Corail, nous avons posé nos sacs à côté d’une tortue de mer venue pondre dans ce coin tranquille. Je vous le confirme les tortues pleurent en pondant, elles donnent l’impression de fournir un effort herculéen durant la ponte, elles retrouvent sans problème le chemin du retour vers la mer.

La population est vraiment sympathique, souriante et pas du tout stressée (votre sourire est votre laisser passer) bien sûr ils donnent du temps au temps mais que voulez vous il n’y a que ça à faire ici perdu au milieu de l’océan Indien, et pourquoi se presser ?

Notre vie a changé du tout au tout, d’abord le rythme diurne/nocturne est immuable, le jour se lève a 5h et la nuit tombe a 6h30. L’administration, les commerces s’arrêtent a 4h, les Seychellois rentrent chez eux il n’y a pas de vie extérieure, très peu de cafés, la capitale Victoria est déserte à partir de 6h30 du soir.

Le soleil est là fidèle au rendez-vous tous les matins même si actuellement nous sommes en mousson de Nord-ouest ! Les grosses pluies tropicales viennent à bon escient rafraîchir l’atmosphère.

La vie est familiale, l’autorité matriarcale, c’est extraordinaire une femme peut avoir des enfants de maris différents sans que cela pose problème, comme ils sont très chrétiens au baptême du bébé n’importe quel garçon se fera passer pour le père, il semble que le prêtre et l’administration ferment les yeux ! Cela ne durera plus très longtemps car le gouvernement veut éradiquer ces mœurs trop légères. Dommage, mieux vaut une femme libre qu’une femme enturbannée. Pourquoi les élites de ce pays vont-ils faire leurs études dans notre occident judéo-chrétien ?

Voila quelques nouvelles, la prochaine fois je vous parlerai de ……………. C’est incroyable et fascinant.

Laurence se joint à moi pour vous souhaiter à tous un joyeux ‘Nowel’ et beaucoup de soleil (dans les cœurs) pour la nouvelle année.

Cap’tain Philou le Seselwa


Le 23 décembre

Catastrophe il pleut depuis ce matin, le ciel est sombre, du sommet du morne Seychellois apparaissent les masses de nuages lourds, gris et noir qui lâchent leurs trombes d’eau sur la ville et notre marina.

Il parait que ces pluies durent maximum 4 jours.

Avec Laurence, je prépare Maïna pour le départ de ce soir, l’équipage d’un superbe voilier Néo-zélandais de 54 m m’a loué le Lavezzi pour s’octroyer 2 jours 1/2 de vacances, ils sont ravis, nous les avons reçus vraiment bien.

Laurence s’est transformée en couturière depuis une semaine pour faire les 12 rideaux des cabines, pendant que je carène le bateau en plongée, que je vidange les moteurs et entretiens à droite et à gauche.

Quelle chance d’avoir une femme aussi polyvalente que Laurence prête à donner main forte en toutes occasions avec plaisir et compétence.

En cette veille de Noël, Victoria notre capitale miniature se transforme en véritable capharnaüm. Située en bout d’île au carrefour de trois routes, toute la population se donne rendez-vous dans les dizaines de boutiques concentrées dans trois ou quatre rues. La circulation y est telle que la ville est embouteillée à partir de 9h du matin jusqu’à 5h30. Comme actuellement nous habitons de l’autre côté de Victoria par rapport au Wharf ou sont stationnés nos bateaux, c’est la galère !

Bientôt nous n’aurons plus besoin de traverser la ville pour nos trajets à la marina, tant mieux.

Mon souci du moment est le Feeling 44 St Erwan, c’est le bateau qui a le plus mal supporté le convoyage, et je découvre tous les jours des problèmes soit de moteur soit électriques ou d’infiltration d’eau, c’est vraiment écœurant quand on sait le prix d’une telle unité !

Pour les résoudre je dois faire appel à toute mon attention, ces problèmes mécaniques ou électriques étaient du domaine de compétence de François ; l’ayant souvent aidé pendant nos 20 ans de collaboration cela me permet à force de réflexion de refaire les mêmes gestes ou suivre un raisonnement qui aboutit positivement, je redoute quand même la grosse panne.

Ce soir après le départ je suis renté de bonne heure, depuis deux jours j’ai une sciatique certainement après avoir manipulé les moteurs Yamaha 6cv trop lourds pour un homme seul.

Je suis furieux, depuis mon arrivée aux Seychelles toutes mes petites douleurs physiques et morales s’étaient envolées et voilà qu’à force de croire que « je suis toujours jeune » je me retrouve mal en point.

Gardons le moral un bon massage et tout rentrera dans l’ordre. Aujourd’hui je bricole à la maison car ici la main d’œuvre spécialisée manque, alors je répare les prises de courant, entretiens le climatiseur, démonte et remonte à l’endroit les serrures etc., le propriétaire est ravi de son locataire.

Notre maison actuelle est située à Mont Signal, superbe endroit dont l’accès ne peut se faire qu’en 4X4 et en première tellement la route est pentue, mais quel environnement luxuriant et quelle vue, sur le port de Victoria, le parc marin de St Anne, et par beau temps les îles de Praslin et la Digue.

 La maison est gardée par trois beaux chiens de garde assez débonnaires et Jo qui habite la maison d’à côté, célibataire discret et serviable. L’épicerie la plus proche est un estaminet à l’africaine dénommé « Tan Coco » dont la devise réalisée en lettres de ferronnerie incrustées dans la grille de la porte est MWA MEME

Les murs de parpaings sont peints en orange, le toit en tôle, l’ensemble est ombragé par un grand manguier, une petite paillote est accotée à l’épicerie ou les vieux jouent aux dés en buvant quelques Guinness d’importation. Cet endroit est magique et empreint d’une grande sérénité, est-ce dû au visage doux, jovial et accueillant du maître des lieux ?


Le 27 décembre

Actuellement une grosse dépression s’abat sur les Seychelles, à midi coup de téléphone de Basile le mécano de Mooring, « Philippe viens vite tes bateaux chassent ». Pas le temps de finir le repas, nous sautons dans le 4×4, traversons Victoria et débarquons au Wharf en catastrophe.

Maïna est au ponton, les Néo-Z connaissant le bateau sont intervenus très rapidement. St Erwan a l’air de tenir mais je préfère le remouiller en empennelant, puis nous retournons chercher Maïna que nous remouillons. Pendant la manœuvre le vent monte, 25,30,35 nœuds en rafales, le bateau ne tient pas ; alors je décide de larguer les deux mouillages impossibles à relever et nous remettons le bateau au ponton puis c’est au tour de St Erwan de chasser, je fonce sur le bateau, même manœuvre, j’arrive à relever le 1er mouillage mais pas le second il faut parer rapidement les cailloux alors je largue le deuxième mouillage et route au Wharf. Ouf les bateaux sont sauvés. Le vent forcit, c’est la panique chez Mooring, tous les employés sont sur les dents.

 Je m’inquiète pour Ellora et mes Italiens qui doivent rentrer aujourd’hui, coup de téléphone dans la soirée, le skipper de Ellora va devoir renter de nuit, il a pris du retard, la mer est forte et le vent violent, le balisage aux Seychelles est sommaire et la navigation de nuit interdite que faire ? Je le rassure la dépression passe rapidement, après l’avoir conseillé je lui confirme que je serai à l’arrivée du bateau. Quelle journée !

Mes deux premières locations furent une catastrophe au niveau climatique, fait extrêmement rare il a plu pratiquement 10 jours d’affilée, (Justin tu as bien fait de ne pas venir en décembre) le retour des Italiens fut passablement triste, par contre les Néo-Z étaient ravis, ils ont fait de la voile sous la pluie pendant 2jours ½ à fond. Véritable coupure pour eux qui attendent la plupart du temps leur propriétaire en astiquant toute la journée leur fabuleux voilier. Une chose intéressante ici c’est l’internationalisation de ma clientèle.

Frédérique Ladouceur, mon skipper Seychellois vient de me passer un coup de fil, il repart en France le 28 décembre chercher un Privilège aux Sables. Quelle chance, moi aussi je referai bien la route que nous avons faite pour venir aux Seychelles, c’est un voyage superbe où tous les ingrédients de la grande aventure sont réunis.

Mon prochain départ est Maïna loué par des Russes, ici les Russes sont considérés comme des casseurs de bateaux, j’angoisse… mais professionnalisme oblige, Laurence et moi préparons le bateau avec le plus grand soin.

Je réceptionne les clients à l’aéroport et tombe sur un grand type affable accompagné de sa femme et d’un couple d’amis, Valéry (c’est son prénom) est le plus gros concessionnaire de voiliers Français à Moscou, il a eu notre adresse par le directeur commercial de Fountaine Pajot et vient aux Seychelles en repérage pour ses clients. Heureusement le temps s’est mis au beau et au chaud ‘Good karma’, n’est-ce pas J.B, tu remercieras qui tu sais.

Le départ s’est bien passé, le bateau était parfait, les rideaux de Laurence font de l’effet, sur la table, bouquet de fleurs et ananas pour l’accueil.

Notre 1er de l’an seychellois fut comme vous l’imaginez très tropical, petit dîner en bord de plage sous une grande paillote, joli buffet de plats exotiques et grand barbecue, nous nous sommes offert une bonne bouteille de St Emilion.

Puis ce fut la grande fête du nouvel an au centre de Victoria, toute l’avenue de l’Indépendance était barrée et à chaque bout était installé un orchestre, ambiance assurée, musique Créole et Reggae, c’était bruyant, amusant et bon enfant, il y avait beaucoup de monde.

Hier nous avons passé la journée à Takamaka et Indépendance bay, une des plus belles plages du monde soi-disant. Elle a accueilli l’élection de miss monde en 1998. Baignades, bouquins, pique-nique (pain, boite de thon à l’huile et étouffe chrétien aux amandes, c’est tout ce que nous avons trouvé).

C’est encore férié aujourd’hui, tout est fermé, alors je bricole une lampe de cockpit avec une demi-noix de coco (elles sont très bonnes), Laurence n’avait pas de passoire pour le thé, hop ! Une noix de coco et le tour est joué… je n’arrête pas.

Voila quelques nouvelles, la prochaine fois je vous parlerai de ……………. C’est incroyable et fascinant.

“Zwaye nowel e en bonn annen, ki lape i reste avek vou“

Cap’tain Philou le Seselwa

Laisser un commentaire