Piraterie au Liberia

Juin 1979, nous travaillons depuis quelques semaines au Libéria au large de la pointe Harper quelques milles après la rivière du Cavalli et la forêt primaire de Thaïes, frontière naturelle entre les deux pays, véritable passoire pour les trafics en tout genre, diamants, or, armes, drogue, esclaves.

Un matin Abdulaye me réveille complètement paniqué. Je sors sur le pont et à ma grande surprise je constate que nous sommes encerclés par une vingtaine de pirogues. Aux jumelles je distingue très nettement quatre ou cinq fusils de traite, ces vieux fusils de la période coloniale, et quelques lances. Les pêcheurs libériens avec qui je marchandais ne sont plus joviaux du tout ? Certainement drogués et alcoolisés, je comprends tout de suite qu’il n’est pas bon de rester sur place. Mon équipage est gris de peur, il faut agir vite et en silence, faire mine de rien. La guérilla à terre s’exporte en mer !

J’explique la manœuvre aux gars, remonter le mouillage à la main, sortir trois bacs de poissons, ne pas courir, ne pas crier. Tout d’un coup à la faveur du courant une ouverture s’est faite dans leur encerclement, je mets le moteur en route, embraye et fonce dans la brèche en balançant 15o kgs de poisson à la mer. La tactique fonctionne à fond, les pirates en herbe se précipitent sur le poisson, libérant le passage pour notre fuite.

Il n’était pas question d’utiliser la dynamite au risque de se faire sauter avec les pirogues.

Quelque temps après notre retour en France, je lis dans la croix qu’un pêcheur des Sables d’Olonne, Éric Chevrier s’est installé à San-Pedro, profitant du travail réalisé, il embarque Abdulaye et une partie de mon équipage, au Libéria ils se font attaquer, le bateau est pillé et l’équipage se retrouve prisonnier dans les camps du général Charles Taylor. Ils seront libérés au bout de trois mois par les GI américains venus exfiltrer leurs ressortissants américains.

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