Naissance de Yeri

A bord du Balmer c’est la liesse, nous faisons route terre avec une tonne cinq de daurades et surtout c’est la fête de l’indépendance demain mercredi 7 décembre. Exceptionnellement nous rentrons en milieu de semaine pour cette occasion.

J’ai hâte d’être à terre car la grossesse de Laurence arrive à terme. San Pedro exulte, le marché est en effervescence, les mamas venues de leur village de brousse proposent toutes les saveurs de la brousse africaine, les musiques hurlées par les gros transistors chinois sont les prémices d’une soirée qui se veut grandiose.

Bien sûr qu’elle sera inoubliable ! à la tombée de la nuit les grosses averses tropicales s’invitent à la fête et très vite les jardins, les rues, le village entier se transforme en un marécage boueux, les fêtards se réfugient dans les maquis, les maisons ou les boites de nuits. C’est à ce moment que les premières contractions surgissent !

Quelques semaines avant cette soirée fatidique nous avions rencontré chez des amis un jeune médecin en mission à San Pédro, rendez-vous avait été pris pour qu’il puisse assister les infirmières de la petite Clinique des Bois.

Il pleut des cordes, j’installe Laurence dans la 2cv, confie Sullian aux voisins et nous voilà partis à la recherche du médecin en surfant dans les rues inondées, c’est à peine si les essuies glaces sont efficaces. Après avoir été chez lui, au club, chez quelques amis, nous découvrons le carabin en bonne compagnie dans une des 5 boites de nuit du village.

Malgré son état un peu avancé il me demande le temps de passer prendre une douche, retour à la voiture et je conduis Laurence tranquillisée à la clinique. L’accueil est d’une gentillesse toute professionnelle, le jeune médecin arrivera à temps et Yerri naitra le 7 décembre 1977 le jour de l’anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

Je suis reparti en mer le soir même abandonnant Laurence et les deux garçons (j’en ai encore de profonds regrets).  Une semaine plus tard au retour de pêche je vais à la mairie de San Pédro pour déclarer Yerri, les grosses secrétaires me font la fête et sont bien décidées à ce que j’appelle mon fils Houphouet du prénom du président. C’est une tradition immuable qui fait que l’enfant né ce jour-là porte ce prénom, d’autant que le président devient son parrain et les rumeurs disent qu’ils sont très gâtés.

J’ai argumenté, expliqué, palabré, souri, parlé de la grand-mère en Bretagne, des oncles et tantes et de De Gaulle et j’ai gagné, il s’appelle Yerri.

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