Le clandestin

Nous arrivons sur les lieux de pêche au lever du jour, le soleil embrase la mer éternellement calme, je me trouve sur la route que suivent les cargos qui remontent sur l’Europe. Nous étions ancrés sur une grosse détection de poisson quant à mon grand étonnement un cargo Polonais se dirige sur nous, ralentit et le capitaine me hèle au portevoix.

Je comprends vaguement qu’il veut se débarrasser d’un clandestin, qu’il est prêt à payer une forte somme. Embarqué furtivement au Cameroun, le gars s’est fait prendre en chapardant dans la cambuse, l’équipage veut le balancer par-dessus bord.

Un peu sidéré par la situation je comprends vite que la vie du gars est en jeu, je n’ai pas le choix mais je refuse l’argent et décide que je le larguerai près du débarcadère du village de Boubélé.

Nous relevons le mouillage et manœuvrons doucement le long de la muraille d’acier. Un adolescent en état de choc monte à bord, le capitaine me fait signe de patienter, et en remerciement nous déverse sur le pont quantité de caisses de bières et de cartouches de cigarettes !

Le soir je fais route à terre pour débarquer le clandestin qui à ma grande surprise refuse impérativement de descendre à terre. Visiblement il est effrayé, il a peur des cannibales et des sorciers. Dans l’impossibilité de lui faire entendre raison je fais route sur San Pedro, je risque gros pour introduire un étranger en Côte d’Ivoire. Heureusement nous trouvons sur lui le bulletin de salaire d’une société Camerounaise ayant une succursale en Côte d’Ivoire, il sera rapatrié chez lui et je ne serai pas inquiété.

Pendant ces quatre années Africaines j’ai souvent eu l’occasion de sauver des migrants dont le sort était de finir dans la grande bleue. Après ma première aventure avec le Camerounais je débarquais les gars de nuit à San Pedro ou ils retrouvaient facilement des concitoyens dans le grand souk du Bardo, là où vivait une multitude de communautés venues travailler à la construction du port. Dans ce bas fond de tôles et de bâches plastique, véritable coupe gorge pour les blancs, je fus le seul à pouvoir y pénétrer car mon passeport était les caisses de bières et les cartouches de cigarettes que je négociais en mer et redistribuais à l’équipage. Bienvenue au petit pêcheur !

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