Une nuit d’angoisse

Les 200 m²du jardin de la rue Vidie, furent pour nous le plus formidable territoire de chasse, d’aventures et de tour du monde de notre enfance.

Pour moi, la petite pelouse du milieu était une terre inconnue, le sable autour du portique, l’océan Atlantique, et le saule pleureur du fond du jardin, avec, derrière le tas de fumier. C’était l’Afrique !

Entourés de ces 4 murs nous étions à l’abri des dangers extérieurs et pouvions tranquillement laisser notre imagination prendre le dessus pour nous transformer en Tintin et Milou, Jo et Zette, ou Fripounet et Marizette, les héros de Coeur Vaillant,  notre revue hebdomadaire distribuée a St Félix le mercredi soir.

Un samedi, alors qu’il n’était ni au bateau, ni en  » voyage d’affaire  » Papa Yves pour calmer ses troupes rebelles, eut la géniale idée de nous monter sa vielle tente de jeunesse.

Elle devint tour à tour le Q.G. de nos expéditions lointaines, l’hôpital des poupées malades, la cachette secrète du héros du jour, bref le lieu mythique et sacré de notre brousse. Qui en eut l’idée ? Mes souvenirs me font défaut mais c’est sans importance, il fut décidé que les trois grands : Yveline, Philippe et François dormiraient ce soir dans la tente.

Après une préparation minutieuse des couchages et un dîner passé à rêver de notre futur exploit, fiers de l’admiration des petits, Anne, Alain, Catherine, nous voilà déjà engoncés dans nos sacs de couchage bien blottis les uns contre les autres.

La nature a ceci d’étrange, c’est qu’elle ne correspond pas vraiment à ce que notre imagination veuille qu’elle soit.

-Dis François, tu dors ?

-Mais non Yveline, y a pas de voleur !

 -hé…vous avez entendu ce bruit ??,

Vous l’avez compris dans le noir vos trois héros flippaient comme des malades.

La situation devenait intenable, mais comment sortir de ce guêpier la tête haute, l’amour propre pas trop amoché.

Deux tentatives sont lancées avec  » maman on a envie de faire pipi » et » est-ce que tu pourrais nous apporter des couvertures » à trois minutes d’intervalle, ce fut un peu de répit dans l’angoisse qui nous tenaillait.

L’apparition de notre mère était rassurante mais hélas de trop courte durée, et son retour à la maison laissait un grand vide dans lequel notre imagination s’engouffrait à pas de géant.

Soudain, dans l’épais silence de la peur qui nous habite, la petite voix d’Yveline, du fond de son duvet, nous rappelle très justement que nous n’avions pas fait notre prière.

Alors vos d’une voix de centaure, dans une commune clameur, tel un appel au secours, nous lançons un vibrant  » MAMAN ON NA PAS FAIT NOT’ PRIERE ». !

Très gentiment Maman nous fait réciter deux « Je vous salue Marie » et un « Notre Père « , François et moi avons voulu réciter 10 « Ave Maria et Yveline 3 actes de contrition « .

Maman a trouvé qu’il faisait bien froid pour dormir sous la tente, nous aussi finalement. Quelques instants plus tard nous étions au fond de notre lit à rêver de nos futures aventures quand nous serions plus grands.                           

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