Une fessée injuste
Dès le matin une grande fébrilité régnait dans la maison, le soleil s’était levé sur une journée que tout le monde attendait.
Aujourd’hui nous fêtions un événement rare pour l’époque, les noces d’or de grande maman et grand papa Héron.
Papa avait depuis des mois préparé, monté, réalisé un film 16 mm sur toutes les familles composant notre clan, une grande salle avait été louée au petit port à Nantes, le soleil était de la partie et pour cette grande occasion toute la famille Berteloot Yves était sur son trente et un.
La rue Vidie, notre maison vibrait d’une excitation peu commune, entre deux coups de peignes aux filles, un coup de torchon sur le museau d’Alain qui avait bien sûr englouti la moitié de la tablette de chocolat, vos frères ou oncles (Philippe et François) se chamaillaient gentiment comme deux chiots en agaçant les filles au passage.
Quelques cousins avaient rendez-vous rue Vidie car la maison n’était pas loin du lieu de réunion, et dès qu’ils arrivaient les enfants étaient relégués au garage en attendant le départ, avec interdiction absolue de se salir !
C’était nous demander la lune ! Enfin, les filles plus sages, dans leurs robes blanches, petits nœuds sur la tête et gants blancs papotent dans un coin tandis que nous autres garçons, culottes courtes bleu- marine, chemisette blanches, mèches blondes bien peignées sur le côté, entamons un tour du monde avec trois vieilles caisses de conserves de chez Tiro, et en guise de passerelle, des jolis petits fûts de 5 litres qu’un de mes grands cousins avait trouvés dans un coin du garage.
Perchés sur la pyramide qui faisait office de passerelle, s’apprêtant à passer l’équateur, une vague plus forte que les autres fait tanguer le navire, catastrophe l’équipage déséquilibré tombe à l’eau, reçoit la cargaison sur la figure et dans la manœuvre, un fut explose et répand son contenu sur le sol du garage et nos habits de fête.
Le produit noir qui nous souille est du coaltar liquide destiné à étancher les fonds de l’Alcyon, le vieux côtre Breton de la famille.
Confrontés à un produit jusqu’alors inconnu de nous, et voulant bien faire, j’attrape le tuyau d’eau et commence à nettoyer le garage, malheur ! au lieu de disperser le goudron je l’étale, en quelques minute il y en a partout. Les filles pataugent dedans avec leurs belles sandalettes et jolies socquettes blanches, quant aux garçons, je vous laisse imaginer notre parure de fête !
La nouvelle de cette marée noire arrive avec une rapidité surprenante aux oreilles des parents, et sans savoir comment ni pourquoi, sans avoir pu expliquer l’état de la mer et notre tour du monde en bateau avec nos cousins, je me retrouve déculotté dans les bras de mon père ou je reçois la plus formidable des fessées déculottées.
Est-ce pour me venger des grands que ce jour-là j’ai fumé ma première cigarette avec mes cousins dans le parc du petit port……… ?
Laisser un commentaire