Le petit monde de La Vrillère

Aventures à La Vrillière

A Nantes l’ambiance à la maison de l’avenue Chanzy vire souvent à la foire d’empoigne, même si la maison est grande et le jardin suffisant, les jours de congés se terminent souvent en larmes. Maman jugea nécessaire de trouver un endroit plus spacieux ou ses six garnements et Capri notre berger allemand pourraient s’exprimer pleinement en toute liberté !  Ce fut la Vrillère.

Ce vieux manoir inhabité à trente km de Nantes, est bâti à une encablure de la Loire, deux ailes de différente époque encadrent une tour de guet. Le premier édifice le plus ancien abrite un antique salon et une belle salle pavée de dalles usées, une immense cheminée domine une grande table de ferme, au fond un grand cagibi qui nous sert de cuisine. La tour de guet qui sépare les deux bâtiments possède un superbe escalier qui monte au sommet du donjon d’où la vue imprenable se noie dans les vignobles à perte de vue. Dans l’aile de droite plus récente sont réparties les chambres et une petite buanderie qui fait office de cabinet de toilette. Il n’y a pas de chauffage ni d’eau chaude, les toilettes sont au fond du jardin, une planche trouée sert de siège ! Les granges servent d’entrepôt à un viticulteur de La Chapelle Basse-Mer,

Cette propriété devient le refuge romanesque de nos jeunes années. Notre conquête de l’ouest !

Le vendredi soir après l’école nous embarquons tous les six avec Capri, plus un ou deux cousins dans la 2CV de maman. Après le pont de Thouaré, un ouvrage en poutrelles d’acier, nous fait traverser la Loire puis nous attaquons une petite colline qui nous promène à travers les vignes jusqu’à notre refuge.

Nous allons nous baigner à La Boire d’Anjou, un petit de bras de Loire véritable havre de paix, bordé d’une végétation sauvage, aux rives sableuses dont la blancheur éclatante tranchait avec la verdure environnante. Avec nos cannes à pêches rudimentaires nous rêvons de prises prodigieuses.

photo du port de la pierre percée, bords de Loire. la Divatte

 Une autre activité fut la capture des vipères rouges dont la tête valait 10fr à la mairie.

La vieille ferme de la mère Pissigo et de son vieux fils nous déconcertent. Ces deux personnages dignes des Misérables de Victor Hugo, vivent dans une pièce en terre battue, au fond un lit clos breton, dans la cheminée un feu de bois misérable réchauffe sans grand succès un gros chaudron noir de fumée et nous enfume. Deux vaches dans l’étable au fond de la cour ou picorent une dizaine de poules, un cochon, des lapins et quelques carrés de plantes vivrières. Nous nous battons pour aller chercher le lait frais aux pis des vaches et du beurre fait à la baratte.

Pour papa passionné de théâtre et de cinéma, la Vrillère fut également un véritable décor de metteur en scène et pour assouvir ce culte, grâce à quelques maquillages et trois bouts de chiffons, nous devenions les acteurs enthousiastes des films qu’il imaginait, Mon plus grand rôle fut de jouer St Joseph dans son chef d’œuvre « Noël frappe à ta porte ».

Et puis rodait à travers les grandes pièces moyenâgeuses de ce vieux manoir le fantôme du roi Arthur, personnage clef des histoires fantastiques que nous raconte papa le soir autour de la grande cheminée. Le retour aux chambres est très angoissant.

A quelques encablures du bâtiment principal il y avait une jolie fuie ronde mangée par le lierre, quelques oiseaux s’étaient installés dans les vieux nichoirs, une chouette hulotte présidait au sommet de l’édifice. Je l’ai surveillée de près jusqu’à l’éclosion des œufs. Ayant déjà apprivoisé une corneille je rêvais d’en faire autant avec ce petit rapace. Installé dans ma chambre à Nantes il dormait le jour en haut de l’armoire mais faisait un foutoir abominable la nuit, Ses fientes et les odeurs de viande pourrie eurent raison de ma détermination. Un soir j’ouvris la fenêtre et libérai la petite chouette.

C’était cela la Vrillère une période insouciante où des enfants épris de grand air et de liberté assouvissaient leurs rêves dans la joie et le plaisir d’être ensemble. Quel que soit le temps nos weekends étaient toujours fabuleux et le retour le dimanche soir, douloureux.

Anne se souvient de son club des Messes Noires

« Ben oui, ça faisait mystère fantômes et grave grands comme ceux qui savent ! Notre club était dans la cave voûtée. A droite de l’entrée de l’aile du château où nous dormions.  Nous l’avions hyper nettoyée et dans la cheminée qui fonctionnait très bien nous faisions du feu. Quand c’était l’heure de la récolte des pommes de terre, Clair Pissigo nous autorisait à ramasser, derrière lui, les petites pommes de terre oubliées ou délaissées. Les meilleures. Nous les faisions cuire au chaudron sur le feu et c’était une de nos heures de gloire.  🤭 ».

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